dimanche 22 janvier 2012

Sunrise to sunset on a motorbike, variations sur le Mékong





Mekong RiverInn, dimanche 22 janvier, 6h30

Un nouveau jour se lève sur le Mékong. Si ce n'était une radio locale que nous entendons au loin, le calme serait parfait.
Je serais bref ce matin, car le temps m'est compté.
Ce matin, une dédicace, chères lectrices et chers lecteurs, de ces instants d'éternité qui nous sont offerts ici, dans ce morceau de paradis.



Le marché d'hier fut une expérience édifiante. L'habitude des étals luxuriants des villes nous a fait oublier la pauvreté de certaines régions. Vers 6h, nous enfourchons deux vieux bilclous pour nous rendre au marché. Nous trouvons enfin au nord ouest de la bourgade, un grand champ sur lequel sont étalés les produits. Ici, que des vélos ou des honda cubes, une sensation d'espace, liée, sans doute, au nombre relativement restreint des chalands. En fait, on réalise qu'il y aurat presque plus de monde derrière les minces étals que devant. Deux ou trois gargottes vendent des soupes et des brochettes, mais nous n'y voyons personne.
Puis, soudain, une groupe d'une quinzaine d'Italiens débarque, mitraillant à tout va, parlant fort. Nous avons nos légumes et quelques bananes. Il est temps de rentrer.


D'autant que nous devons nous préparer pour la fameuse balade en bateau. Làs, une fois à la maison, la tenancière me reproche de ne pas avoir confirmé, et son gendre n'est pas prêt. Nous jetons un coup d'oeil au bateau et apercevons un commis qui arrive avec une pompe pour évacuer l'eau qui alourdit dangeureusement l'esquif. Même à bon prix, nous renonçons de suite au projet, avec ce bateau là en tout cas. Entretemps, la pluie s'est invité, et nous découvrons le Mékong sous une belle pluie chaude d'été. L'orage s'annoncerait-il ? Dans le doute, nous remettons à plus tard la promenade, et nous rabattons sur la moto, sont rapidement trouvées et négociées.

Sous une légère bruine, nous quittons la guesthouse pour reprendre le chemin qui longe le fleuve, là où nous l'avions laissé la veille. Les garçons sont enchantés de pouvoir conduire ces engins, nettement plus puissants que la mobylette d'Edgar. Nous cheminons tranquillement, nous arrêtant fréquemment pour échanger quelques sourires et d'autres informations relatives au nombre d'enfants que nous avons, à l'âge de Marguerite. A l'embarcadère de l'île, nous croisons une autre famille avec quatre petites filles, partie de la région parisienne pour un tour du monde de deux ans, en camping car. Nous envisageons de nous retrouver à Angkor, avec un peu de chance. On peut suivre leur périple sur Break Around the World.

Nous finissions notre matinée au nord ouest de l'ile. De l'autre coté du bras du fleuve, nous distinguons un village, premier contact avec le Cambodge. Si nous l'avions souhaité, nous aurions pu franchir la frontière à cet endroit, sans même avoir besoin d'un visa. Bien sur, nous n'aurions pas pu aller bien loin après : la plupart des hotels exigent votre passeport...
Nous éprouvons une forte sensation de liberté, comme il se doit pour des motards accomplis !
Après avoir accompli le tour par le sud, nous décidons de finir lla boucle dans l'autre sens pour nous rendre sur la côte ouest et profiter du coucher de soleil. Le résultat est splendide. Tel un point d'exclamation inversé, comme je n'en ai jamais vu je crois...
Il nous faudra presque une heure pour rentrer de nuit. La conduite est plus compliquée : on doit faire attention aux buffles, aux vaches ou autres volatiles qui traversent la route ; les moustiques et surtout les moucherons envahissent l'air et nous fouettent le visage, menaçant notre vision ; enfin il faut gérer de nombreux nids de poule qui parsèment la chaussée. Nous arrivons à bon port, et nous rassasions avec un bon lap chicken, quelques sticky rices, vegetables fried rice, et surtout des fruit shake pour les enfants ; je me contente d'une bonne Beer Lao...
A la fin du diner, nous retrouvons Vincent et Christelle, qui sont arrivés par le bus du matin. Je prends un moment pour discuter avec eux, mais il me faut bientôt rentrer pour travailler. Je m'endors presque sur les photos que je dois trier et n'aurais pas le temps de lire ce soir. La journée a été épuisante.






















Posted by Picasa

samedi 21 janvier 2012


Si Phan Don, Don (île) Khong – 21h30



Prendre ses cliques et ses claques à 7h00 ce matin pour quitter Paksé fut une excellente décision. Après avoir pousser quelques portes et assister à une procession de moines, je trouvai enfin des billets de bus direction les Quatre Mille Iles... Probablement les derniers d'ailleurs ; toutes les places assises sont occupées, et l'allée centrale couverte de sacs à dos. Fort heureusement, nous serons les seuls, avec deux chinoises, à choisir Don Khong, tout le reste allant vers d'autres iles.
Situé à l'extrême sud du Laos, cet archipel qui s'étire sur une cinquantaine de km, doit son nom au nombre important d'iles et d'ilots qui parsèment le Mékong, qui peut atteindre 14 km de largeur ; la plus importante sur ses 4350 km. Ouvertes au tourisme depuis quelques années, trois iles, essentiellement offrent des hébergements, du plus rustique jusqu'à la villa néocoloniale. La plupart des guesthouses sont installés sur la rive est du fleuve. En descendant du bus, nous comprenons tout de suite que nous venons d'arriver dans un petit paradis, encore en dehors du temps. Ici, un seul cybercafé, presque pas de circulation (l'ile sur laquelle nous nous trouvons est la seule qui dispose d'une route faisant sont tour). L'activité principale, une fois sorti du village reste l'agriculture. Certes, on ne prépare plus les rizières avec des socs tirés par des buffles, mais ils sont encore bien présents.








De nos chambres, au premier étage de la maison, nous avons une vue plongeante sur l'un des principaux bras du Mékong, large d'un bon kilomètre. Le panorama est splendide, même par cette chaleur écrasante, qui, au fur et à mesure de notre descente vers le sud, devient de plus en plus écrasante ; au bas mot 35° C. Nous disposons d'une terrasse ainsi que d'une vaste véranda sur pilotis, sur le flanc de la rive. En bas, un petit ponton sur lequel viennent accoster des pirogues de pêcheurs.



Passé 16h, nous voulons profiter du coucher du soleil et entamons une marche le long d'un sentier qui serpente le long de la rive. Nous longeons des maisons traditionnelles, qui nous plaisent beaucoup : montées sur pilotis, la partie habitable est réservée à l'étage. C'est la partie propre, qui sert aussi à entreposer les denrées importantes, comme les réserves de riz. Souvent, nous apercevons les ustensiles de cuisine sur l'un des flancs, ouvert. Au rez de chaussée, en revanche, l'espace en terre battue accueille les outils, il sert aussi d'atelier ; un grand lit-banc fait partie du mobilier. Tout est en bois, en bambou, ou en métal pour la batterie de cuisine. La basse cour est composée de poules, d'un cochon, parfois de pintades ou de canards, d'un ou de plusieurs buffles. Nous croisons et discutons par gestes avec des gens très simples, mais avec qui nous prenons plaisir à sourire. Ils s'étonnent tous de nous voir avec quatre enfants. Nous constatons vite que les conditions d'accès aux soins (peau, dentition, nutrition) ne sont pas assurées. De fait, nous sommes loin de la ville et sans doute dans les régions les plus reculées que nous visiterons. Pourtant, il faut quand même les considérer comme privilégiées par rapport aux populations qui vivent dans les montagnes. On garde en tête que le Laos reste l'un des pays les plus pauvres ; pour le moment.

Nous avons posé nos sacs pour trois nuits certainement. Demain, excursion en bateau en direction de cascades et exploration de l'archipel...










Posted by Picasa

jeudi 19 janvier 2012

Welcome in the Paksé !



Vilaysing Guest house, 19h





La dernière visite au temple était une bonne manière de saluer notre départ. Nous commençons à apprivoiser les gestes de la prière et nous accoutumons à la vie de ces lieux religieux qui sont totalement imprégnés de la vie quotidienne de tout un chacun. Une vie protéiforme y règne, à laquelle nos esprits si pétris de la culture catholique, ont bien du mal à cerner. Tout se passe comme si le temple était une extension de la maison, avec la simplicité des gestes et de l'accueil qui l'accompagnent.

Pour autant, nous sommes rapidement ramenés à une autre réalité lorsque nous arrivons à la gare sud de Vientiane. La nuit est illuminée de grands bus multicolores, comprenant deux étages de couchettes. Le couloir central dessert des rangées de deux couchettes de part et d'autre, et au fonds, un vaste carré de 1,75 m de profondeur sur un peu moins de 2,5 m de large, que nous récupérons. Nous gagnons sur le fait de ne pas avoir à partager de couchette avec un étranger, mais perdons en réalisant que nous sommes allongés sur le moteur.
Quoi qu'il en soit, une fois servis les petites portions de riz et les bouteilles d'eau, la lumière s'éteint. Il est 21h; nous partons pour un long trajet de 11h. Tout le monde n'a pas bien dormi, loin s'en faut. En qui me concerne, j'ai sans doute eu ma plus longue nuit de sommeil depuis le début du voyage, même si elle fut quelque peu hachée.



Nous arrivons sous un soleil de plomb; il est à peine 8 heures, et je me demande comment nous allons faire pour effectuer un aller retour à Champassak dans la journée, si la chaleur nous écrase déjà en début de matinée.
Nous trouvons rapidement une guesthouse, propre, dotée d'une chambre familiale suffisamment spacieuse pour nous 6 et bon marché; la douche tiède est savoureuse, avant une bonne soupe, qui finit de nous revigorer.  Làs, mon programme est déjà à l'eau : la sieste est impérative, et nous n'aurons pas le temps d'aller visiter le vieux temple Siam de Champassak. Je peste un peu car la ville n'offre a priori aucun attrait, si ce n'est par son atmosphère "tranquille". Une fois marguerite réveillée, nous quittons l'hotel avec Vincent,   Christelle et leurs deux garçons, qui ont effectué leur voyage sur le thème de l'école. Vincent étant photographe, je recommande vivement la visite de leur blog.


Notre promenade relève plus d'une divagation dans la ville que de la découverte. Seule la découverte d'une école monastique me retiendra. Les jeunes moines sont accueillants, souriants et prêts au dialogue. J'y reviens en fin d'après midi pour y apprécier le coucher de soleil sur le Mékong.










Le retour est plutôt scabreux. Nos compagnons de route ont retrouvé des amis, et, en rentrant de leur diner, l'un des enfants casse la poignée de porte. Le dialogue s'envenime avec la tenancière, qui est passablement ivre. Le ton monte suffisamment, pour qu'un homme, son père probablement, arrive à notre étage avec un coupe coupe en menaçant Christelle. Il faut dire qu'il ont passé l'après midi à s'abreuver, et qu'ils sont dans un état lamentable. Bien sur, ils quittent leur chambre et nous les accompagnons pour trouver un nouveau lieu où dormir.
Nous avions formé le projet de passer la journée à moto demain pour visiter le plateau des Boloven... Nous laissons tomber. Plus vite nous aurons quitter Paksé, mieux je me sentirais. 
Direction les Quatre mille Iles







Posted by Picasa

Bye bye Vientiane !


Vientiane, le 18 janvier.

Dernières impressions de Vientiane.
L'organisation du départ prend du temps : les billets pour le sleeping bus, que nous prenons trop tard (nous n'aurons pas de couchettes du bas, et devrons nous contenter de celles, en haut, qui sont juste sous la climatisation), les allers et retour à l'Ambassade du Cambodge pour les visas, la recherche d'une guest house à Paksé, notre prochaine destination... et, à tout le moins, passer en revue le contenu du guide pour se fixer quelques objectifs. Enfin, nous décidons d'envoyer un colis pour nous alléger. Le prix est suffisamment prohibitif pour que nous réfléchissions aux alternatives, et à défaut de le retrouver à la maison, nous allons essayer de l'adresser en poste restante à Bangkok. Si ça fonctionne, nous allons perdre environ 20 kg, ce qui n'est pas négligeable.

Les deux semaines à venir vont être fatiguantes avec des étapes de trois nuits, au mieux, et beaucoup de transport. Je suppose que nous serons heureux d'arriver sur les plages de Koh Chang.
Nous aurions pu rester encore plusieurs jours à Vientiane, tant il est vrai que nous ne nous sommes peu inquiétés de son intérêt touristique. Malgré tout, l'appel de la route retentit et nous y succombons d'autant plus volontiers que les Quatre mille îles, à l'extrême sud du Laos, Kratie ensuite, après avoir franchi la frontière, puis Siem Reap – Angkor et Battambang pour finir notre traversée du Cambodge. Autant de lieux qui font naviguer l'imagination sur les crêtes de l'inconnu rêvé...

 PS : l'expédition du colis a été très laborieuse. Les agents de la poste avec lesquels on a vraiment des difficultés de compréhension. Curieusement, l'alternative concerne uniquement l'avion ou le bateau (3 semaines!!!) mais pas par la route, ce qui semblerait le moins long. Les prix sont très élevés, et l'on comprend que de grosses barrières existent encore pour compliquer les échanges avec l'extérieur et renchérir de façon outrancière les produits importés.
Pendant que Séverine et Hortense profitent d'un Herbal Sauna plus massage, nous rentrons à la maison avec les garçons et Marguerite, qui ne tarde pas à s'endormir. Weï (mauvaise orthographe pour le garçon de la réception – signifiant banane), nous a permis un late check out, en fin d'après midi,avant de filer prendre le bus.










Les étals d'écorces sont alignés devant le mur de la poste. Ce ne sont pas des condiments mais la pharmacopée traditionnelle laotienne. On y trouve aussi des amulettes, dont certaines représentant un homme et une femme, et devant servir pour influencer le comportement des uns ou des autres, comme un philtre...




En fin d'après midi, nous filons vers le BVO, notre vietnamien favori pour y prendre livraison de sandwichs. L'un des bras de la poussette lâche et nous sommes heureux de trouver la concession Honda, où des mécaniciens vont rapidement réparer ce petit ennui mécanique.




Posted by Picasa

mardi 17 janvier 2012

De la guerre, de ses séquelles et autres...







On ne saurait visiter le Laos, le Vietnam ou le Cambodge sans être confronté à l'horreur de la guerre. On ne me tiendra pas rigueur des inexactitudes historiques de mon propos, qui ne se veut pas une leçon. Retenons qu'à la fin des années 60, le Laos jouit d'un statut qui lui confère normalement une forme de neutralité vis à vis du conflit vietnamien. Les Etats Unis ont supplanté la France, défaite à la bataille de Dien Bien Phu en 1954, et entretiennent un gouvernement fantoche au Sud Vietnam. Ho Chi Minh, leader charismatique, nationaliste et communiste œuvre déjà pour la réunification de son pays, soutenu par l'URSS. On assiste à un conflit indirect entre les deux super puissances de l'époque. Afin de contourner la frontière du centre Vietnam, les Viet congs du nord, défrichent dans la jungle qui borde la frontière, coté Laos, une piste qui leur permet de descendre armes et soldats. C'est en particulier cette voie que les Etats Unis vont bombarder massivement jusqu'en 1975, avec des bombes à fragmentation et du napalm. Ce n'est pas tout, les bombardiers avaient ordre de rentrer à vide de leurs missions, si bien qu'ils larguaient tout ce qui leur restait parfois à leur retour vers les porte avions, sans cibles particulières.
Ce sont en tout plus de 2 millions de tonnes d'explosifs qui seront déversés sur ce petit pays, ce qui lui vaut de détenir le record en termes de quantité. D'après ce que nous avons compris au petit musée qui jouxte le centre de rééducation des blessés par les mines anti personnelles, c'est plus que ce qui a été reçu par le Japon et l'Allemagne réunies pendant la seconde guerre mondiale.
On considère quà l'issue du conflit, environ 30% des bombes n'ont pas explosé. Elles tuent donc encore aujourd'hui,malgré les campagnes de prévention.

Et en franchissant la frontière, nous serons confrontés à une autre folie humaine : l'Angkar, la politique menée par Pol Pot et ses khmers rouges, qui a abouti à l'anéantissement d'un cinquième de la population en moins de cinq ans : 1 million de personnes tuées dans le cadre d'une folie meutrière sans nom.
On a peine à croire, vu la gentillesse et le sourire omniprésent qui se dessine sur le visage de tous ceux que nous croisons que ces lieux aient pu vivre une telle expérience il y si peu de temps.

Quoi qu'il en soit, cette visite nous permit de plonger directement au cœur de cette réalité, d'autant que nous rencontrons dans l'enceinte des locaux, des enfants en fauteuil ou d'autres sur des béquilles...




Nous n'oublions pas les marchés, encore différents de ce que nous avions vu auparavant. Nous sommes dans une capitale, et même si sa population ne dépasse pas 350 000 habitants, elle est pourvue d'assez grandes halles. Les deux principales sont à proximité de la maison. L'une est dédiée à l'artisanat et aux produits manufacturés, l'autre séparée par la grande station de bus, regroupe les espaces alimentaires. Ces deux marchés sont mythiques. La littérature regorge d'allusions à ces étals d'écorces et de tabacs, d'artisanat venus de tout le Laos. Aujourd'hui, cependant, on ne peut qu'être déçus. Je m'attendais à une grande variété de produits, et force m'est de constater que l'artisanat se réduit à des tissus qui seront majoritairement dédiés aux touristes ou à des biens d'équipement électoménagers et électroniques. Je ne suis pas là pour ça. Le deuxième est plus attrayant. Toutefois, il est en pleine rénovation et les nouveaux batiments sont loins d'être terminés ; les travaux sont d'ailleurs au point mort. Du coup, ce vaste chantier de fondations en béton sur deux étages est entouré d'une immense structure plus ou moins précaire, faite de baches et de toles ; en attendant mieux. L'accueil, comme je l'ai déjà mentionné, est néanmoins sympathique. Pourtant, je n'y retournerais pas.





Nous poursuivons la préparation de notre séjour au Cambodge, en commençant par les visas. Nous gardons un mauvais souvenir des multiples formulaires à remplir au poste frontière, et préfèrons nous y prendre à l'avance. Nous avons la chance de rencontrer plusieurs voyageurs qui nous donnent transmettent leurs impressions sur les guesthouses, sur les villes qu'ils ont traversées, et sur les moyens de transport pour s'y rendre. Malgré des avis contradictoires sur Koh Chang, notre destination finale en Thaïlande, nous décidons de persister. Alentour, d'autres iles ont l'air assez séduisantes, mais souvent trop petites pour des séjours d'une semaine.

Nous venons d'ailleurs de passer la moitié de notre séjour. Compte tenu des étapes que nous avons rajoutées, j'ai du faire le décompte des jours. Il me semble que l'avion du retour est presque pour demain.
Il ne se passe pas une journée sans que nous réalisions le bonheur d'être tous ensemble, ici. Chaque jour apporte son lot de petits plaisirs, si profondément liés à au voyage. 










dimanche 15 janvier 2012

Jours paisibles à la Villa Manoly









Vientiane, dimanche 15 janvier.

Jour de repos. La ville est endormie lorsque j'entreprends une petite sortie, pas si matinale. Les étals sont rangés et la circulation inexistante. Nous avons essuyé une belle averse cette nuit, qui a nettoyé le ciel. Le soleil brille ce matin et la chaleur monte inexorablement. Un vent tiède adoucit l'atmosphère sèche et cristalline. Les chants d'oiseaux tropicaux et les cris d'enfants sont accompagnés d'un fonds sonore musical, qui hésite entre la pop laotienne et les chants traditionnels. De l'autre coté de la rue, la démolition de la toiture du temple se poursuit néanmoins; de loin en loin, on perçoit la chute des plaques de fibrociments qui seront remplacées par des tuiles.


 La guesthouse, autant que la ville, tiennent leurs promesses. Nous nous sentons comme en vacances, pour la première fois nous semble-t-il; ceci dit sans ironie. Le personnel de la maison est souriant et attentionné; nous apprécions les petits déjeuners servis sur place, qui nous permettent de démarrer plus tranquillement. Nous marchons maintenant jusqu'au déjeuner et en fin d'après midi. Nous flanons aux abords du Mékong, aménagés en une vaste promenade bétonnée : la Thaïlande étant juste en face, il s'agit aussi d'apparences. Un grand palace a été construit sur les berges, où nous ne distinguons que quelques chambres allumées ; nous profitons des engins de fitness installés dans une sorte de parc en deça du remblais, avant de pénétrer un night market fréquenté essentiellement par des locaux, au regard de nos expériences passées en Thaïlande et à Luang Prabang. Passé le grand boulevard qui longe cet espace, nous nous retrouvons dans le cœur de la ville. On y trouve une multitude de guesthouses, de restaurants et d'échoppes en tout genre. Certains magasins et d'autres restaurants sont pourtant résolument tournés vers les expatriés, dont on sent plus la présence que celle des touristes.






Quoi qu'il en soit, nous faisons notre bonhomme de chemin et expérimentons différents mets, qui nous changent de notre habitudes du nord. Les bouchés au porc et à l'oeuf font l'unanimité, comme les parathas à la banane, préparées comme des pancakes, mais façon indienne. On s'extasie sur la fondue chinoise, où l'on étale un oeuf sur des lamelles de boeuf, qui seront saisies dans un bouillon, avant de boire ce dernier. On s'amuse à préparer soi-même ses rouleaux de printemps, à base de patés impériaux, que l'on enroule de feuilles de salade, d'une variété assez impressionnante d'herbes aromatiques dont les plus communes, pour nous, sont la coriandre et la menthe; on y ajoute, éventuellement, du gingembre rapé, de la citronnelle ou de l'ail, pour faire bonne mesure.

Samedi, nous avons aussi exploré notre premier marché, le Talat Kua Din. Une déambulation expresse pour retrouver les étals alimentaires, avant de s'apercevoir que l'heure du déjeuner de Marguerite approchait, et qu'il nous fallait hâter le pas vers la maison, où Edgar finissait une épreuve de brevet blanc de Mathématique. Malgré cette précipitation, nous avons le temps d'apprécier l'accueil des marchandes, qui ont l'oeil pétillant, une gouaille facile, et la délicatesse d'apprécier de se faire prendre en photos. A voir. Il me faudra plusieurs heures avant d'en faire véritablement le tour.
Alors même que nous devons visiter le Talat Sao, un autre marché, plus spécialisé dans l'artisanat, demain matin, et qui jouit d'une excellente réputation. Mais on y verra sans doute aussi plus de touristes qu'au Kua Din, où nous ne croisâmes qu'un couple !






Nos deux dernières journées ont été aussi marquées par une décision importante : afin de rejoindre l'ile de Koh Chang, notre destination finale avant le retour à Saint Malo, nous allons traverser le Cambodge. C'est une discussion avec un couple suisse qui en a décidé. Depuis quelques temps déjà, je m'interrogeais sur les moyens de transports à notre disposition pour quitter le Laos et retrouver Koh Chang, qui se trouve quasiment à la frontière cambodgienne. Vu le relief, il fallait se rendre à l'évidence, bien que n'ayant plus de guide, la seule solution imposait un passage par Bangkok. Hors, le Cambodge offre de multiples attraits, dont le site d'Angkor. On voulut bien nous prêter un vieux guide du routard de la région, qui nous permit de suite de visualiser un itinéraire, qui agit comme un philtre sur de vieux rêves enfouis. Nous quitterons le Laos par le seul poste frontière tout au Sud, descendrons à nouveau un tronçon du Mékong en bateau, normalement,avant de rejoindre le centre du Cambodge ou carrément Phnom Penh, ce qui nous permettrait de visiter le camp d'extermination. Les digressions sur l'histoire plus ou moins récente de la péninsule indochinoise sont fréquentes, les traces et témoignages des conflits qui ont incendiés cette région si belle m'en donnent souvent l'occasion. Après la guerre d'indochine et celle du Vietnam, l'occasion est trop belle de revenir sur l'histoire du Cambodge, du lustre de la période Khmer ou Angkor comptait un million d'habitant et 40 000 éléphants sur plus de 400 km², quand Londres n'en était qu'à 50 000 habitants.
Ce sera court, bien sur; trop court évidemment. 
Mais c'est le charme de l'improvisation que de pouvoir se permettre un tel détour, qui finit par s'imposer en donnant de la cohérence et une densité supplémentaire à ce voyage. Sans doute faudra-t-il s’accommoder d'une fatigue supplémentaire, compte tenu des étapes nouvelles que nous allons nous infliger; nous envisageons d'ailleurs d'aller dès demain nous renseigner pour procéder à un l'envoi d'un colis qui nous permettrait de nous alléger. Si c'est possible et pas trop onéreux, nous essaierons d'en profiter pour acheter quelques ustensiles de cuisine qui sont finalement les seuls objets qui nous tentent pour le moment.




Première cabine téléphonique publique vue au Laos





















La mère Poulard fouette ses oeufs d'une main  énergique





Le Comte de Monte Cristo coupé en deux

La musique s'est enfin arrêtée. A 23h, Vientiane termine son repos hebdomadaire avant de reprendre son rythme de travail. Quant à moi, je contemple les bouts de tissus qu'un moine à noués autour de mon poignet. Jusqu'à présent, les visites de temples avaient un goût curieux, sans doute lié au caractère touristique justement qu'elles revêtaient, du fait de la présence de trop nombreux visiteurs. Ce sentiment s'était encore un peu plus intensifié au Laos, car là où nous avons résidé, l'entrée des temples étaient pour la plupart payantes, pour les touristes.
Je restai sur ma faim.
Dans le quartier que nous habitons ces jours-ci, nous avons un petit temple à proximité, où nous nous sommes rendus samedi. A proximité de chaque entrée de l'enceinte de ce dernier se trouvent des échoppes dédiées à la vente des offrandes et autres dévotions qui servent aux visites pieuses . Nous rentrons et trouvons un lieu très simple, accueillant. Un moine est assis qui accueille les offrandes et donne sa bénédiction en retour. Nous nous inclinons les mains jointes, tachant de ne pas commettre de maladresses. Nous tendons ensuite notre main, paume tournée vers le haut, buste incliné. Le moine énonce alors une prière alors qu'il noue ce lacet en tournant l'extrémité du noeud avec deux doigts, signe de son intercession et du lien qui le relie à nous. Derrière, j'entends le cliquètement des brins que l'on remue dans un gobelet afin d'en faire sortir le numéro de son destin. Plus loin vers la porte d'entrée, un gong résonne en permanence, au rythme des offrandes que l'on glisse dans une urne, ce qui donne la possibilité à chacun de faire sonner l'instrument. Curiosité, une seconde pièce s'ouvre par une travée latérale : là, on se perd dans une prière plus silencieuse.
Je ressorts heureux de ce contact, décidé à renouveler cette expérience. Nous y retournons cet après-midi, à peine sortis de la maison. Nous devons patienter, car le moine officiant procède à la bénédiction d'un camion. Le lacet est relié par la fenêtre aux rétroviseurs, et à deux couples, probablement les heureux propriétaires du véhicule. Une fois cela terminé, je m'avance à genoux, et je demande d'un geste la bénédiction de la famille. Nous sommes tous les six inclinés et nous recevons des gouttes d'eau lancées par une sorte de fouet en bambou. Le moine à compris immédiatement ce que je voulais. Avec Séverine, nous imaginons que cela nous servira pour la suite du voyage, que ces lacets vont nous accompagner désormais pour la partie la plus itinérante de notre séjour, qu'avec eux, nous sommes rentrés un peu plus au contact de cette culture ou le sentiment religieux n'est pas celui d'une transcendance, mais  beaucoup plus d'une immanence dans le quotidien... qui nous correspond bien.






Posted by Picasa

vendredi 13 janvier 2012

Good morning Vientiane !


Villa Manoly, Vendredi 13 - 14h



 Poussière, poussière... Encore un voyage éprouvant. Près de 12 heures pour 350 km. Environ la moitié sur des lacets qui serpentent autour des montagnes calcaires au delà de Luang Prabang, et une autre moitié de route ou les portions asphaltées dépassent rarement 500 m. Nous sommes restés un long moment dans les nuages, les enfants s'apercevant progressivement qu'il valait mieux garder son calme afin de ne pas tomber malade, comme Marguerite. Elle finira la première partie de son voyage avec un doudou malodorant, mais que nous ne pourrons pas lui refuser, afin de faire taire la crise de larmes, qui risquait de gêner les passagers tolérants qui nous entouraient.
Poussière, poussière... quand le bitume s'efface, la route devient une piste caillouteuse et poussiéreuse. Les bas cotés deviennent uniformément rouges et nous nous demandons pourquoi et surtout comment, les gens peuvent rester vivre en mangeant cette poussière, levée par tous les camions, autobus et 4x4 qui font le trafic entre le nord et le sud du Laos. 

Nous arrivons dans l'une des grandes gares autoroutières de Vientiane. Il fait nuit et les tûk tûk se proposent de nous escroquer avec le sourire : facile, vu l'état des passagers à la descente du bus VIP. Malgré l'impératif de temps qui nous presse, nous refusons. Les garçons s'extasient devant une Lamborghini; décalage hallucinant avec les conditions routières que nous avons traversé dans la journée, et nous finissons par nous entasser dans un tük tük moins gourmand. J'ai dans mon carnet quelques adresses de guest houses qui ne m'ont pas encore répondu par la négative. Dans le centre de la ville, me dis-je, nous finirons toujours par trouver quelque chose. La première adresse, sur laquelle j'avais fondé quelques espoirs, s'avère être un terrain vague promis à un bel avenir. Mais ce n'est pas le notre. Après deux autres échecs, nous laissons repartir le taxi, pour continuer à pied. La poussette est inutilisable, tant que nous n'avons pas rétabli ses réparations, impossibles dans l'immédiat. Il nous manque le scotch et un morceau de bois taillé spécialement, oublié dans le bus avec nos plus beaux souvenirs de Luang Prabang... Un homme nous interpelle gentiment en français et nous propose une adresse. EN discutant, nous apprenons qu'il est originaire de Saint Brieuc, et gérant de bar, rue Saint Michel à Rennes. Sympa ! Notre convoi débouche au Dragon Lodge, l'un des nombreux établissements dédiés aux backpackers. Les chambres sont relativement spacieuses, pourvues de salles d'eau (avec de l'eau chaude), et bon marché. A presque 21h, nous acceptons de suite. L'occasion de poser les sacs et de partir une quête d'un premier diner dans la ville. Petite errance avec les trois grands dans le coeur de Vientiane, qui s'avère beaucoup plus animé que Luang Prabang. C'est sur, nous avons quitté la province pour la capitale !

Je ne me couche pas sans avoir établi un ordre de marche pour quadriller les abords du centre ville afin de trouver une maison qui pourrait nous accueillir pour la semaine à venir. Mes craintes sont néanmoins réelles de devoir faire des compromis.
Afin de prendre des forces, nous commençons néanmoins par un bon Phô, la soupe de nouilles quotidienne. C'est bien, mais le goût un peu trop aseptisé; je ne pense pas qu'on y revienne.


Nous longeons Th Samsénéthai, l'une des grandes artères parallèles au Mékong, sur laquelle donnait notre hotel. Nous avons pu nous rendre compte que la circulation y était assez intense, y compris la nuit... Nous prenons les perpendiculaires à cette avenue, en essayant de trouver les ruelles dans lesquelles pourraient se nicher des guesthouses, "à l'allure de pensions de famille dans une vieille maison coloniale avec un grand  jardin tropical ornée d'une belle piscine pour un prix très doux". Nous retenons une première maison, effectivement très calme, à coté d'une école maternelle. Pas de wi-fi ici, mais aucun mot en anglais ni en français, à croire que le lieu n'est fréquenté que par des laotiens. Plus loin, les garçons sont séduits par l'Asian Pavillon Hotel, un lieu rendu mythique par John le Carré, dans l'un de ses romans. Dans les années 60 et 70, s'y croisaient des individus louches et autres agents secrets, ce qui en faisait d'un des hauts lieux de Vientiane. Il est resté dans son jus, et à voir le nombre de clés sur le panneau, on ne devrait pas avoir trop de mal à négocier; mais ici, pas d'extérieur, si ce n'est directement sur le boulevard. Le hall est vaste, mais c'est un hall d'hôtel... On laisse tomber.




En poursuivant notre route, nous croisons quelques maisons qui auraient pu devenir des maisons parfaites, mais qui sont passablement défraîchies, avant d'être rasées ou rachetées par des entrepreneurs qui leur redonneront le lustre qu'elles devraient avoir.
Je rêve un peu...






Pendant ce temps, le soleil commence à chauffer l'asphalte, les gaz d'échappement sont plus difficiles à supporter, et le temps limite pour le check-out de notre chambre bientôt à son terme. Il faut nous décider. Je veux pourtant finir mon plan de route, et suivre mon instinct. J'aurais trop mal au coeur à me dire que nous nous sommes résolus à un compromis alors que non loin de là, la maison de nos "rêves" nous attendait. Je finis donc seul dans cette petite ruelle, longeant le Vat Si Muang (la proximité d'un temple faisait aussi partie de mes critères) et me dirigeant vers les berges aménagées du Mékong. Là, je découvre l'horizon de mes pensées, qui me rappelle à Saint Malo : la villa Manoly. Un vaste jardin, une vieille maison, une petite piscine, une grande chambre familiale disponible, un prix sympa incluant le petit déjeuner. Une déco surrannée de meubles provenant tout droit des années 50 et 60; des objets qui traînent ça et là, des planchers en bois rouge, une belle salle commune aussi agréable pour travailler que le salon de jardin... Je suis aux anges lorsque j'interpelle Séverine et les enfants pour leur faire découvrir ce qui ne manquera pas, je le sais, de les ravir.

Nous voilà poser pour au moins une semaine, dans notre petit paradis.

Posted by Picasa