vendredi 17 janvier 2014

Le temps s'arrête à Puri



Puri, E-24 Hospital, le 16 janvier à 14h

Hortense dort maintenant. Attaquée par une infection alimentaire, nous avons du nous résoudre à consulter un médecin hier soir. Après un bref répit, les vomissements ayant repris ce matin, le docteur nous a immédiatement orienté vers l'hôpital pour la mettre sous perfusion et subir une injection plus importante de traitement pour combattre l'infection. A son chevet, je profite de la pause qui m'est offerte pour reprendre le cours de notre récit.



Avec les trois nuits de transport, le temps s'est suspendu. Les 36 heures de train, en particulier, ont favorisé des rencontres insolites, avec un militaire, un travailleur revenant d'Arabie, avec un comptable et sa famille, des touristes/pélerins. Le temps se dilate, ou se contracte, je ne sais pas trop. Mais on perd le fil de la séquence des jours. Et on arrive à Puri au petit matin.



Nous finissons, après quelques guesthouses visitées, par nous installer au Pink House, l'une des institutions de la ville. Composée d'une rangée de chambres très simples, les fenêtres simplement munies de barreaux, sans eau chaude, mais donnant directement sur la plage, à la lisière de l'un des plus gros village de pécheurs de la côte. Cette partie de la plage est autant un lieu de travail, qu'un lieu de vie, très éloignée de la partie sud où se développe les hôtels destinés aux touristes indiens. Autant dire que les hébergements fréquentés par les voyageurs, sont désormais marginalisés.


Premiers bains dans le Golfe du Bengale, en s'éloignant de la partie occupée par les pécheurs, trop encombrée de déchets en tout genre. Premières vagues, et de -trop – nombreuses sollicitations des pèlerins pour des photos. Car Puri, c'est d'abord l'un des lieux les plus sacré de l'Inde, avec son temple qui figure parmi les quatre plus importants à visiter. De sorte que ses abords, et la ville ensuite sont encombrés d'Indiens en provenance de tout le territoire. On y croise toutes les cultures, toutes les différences de vêtements, de type, et la plupart, n'ayant jamais vu la mer, viennent y tremper les pieds ou se laisser rouler dans l'écume des vagues. Ils ne vont pas bien loin, car personne ne sait nager. Aussi avons-nous fait forte impression auprès des maîtres nageurs en nous éloignant du bord.



Malgré les soucis de santé, la pression pour avancer et reprendre la route s'éloigne. Puri s'impose comme une ville très accueillante, et pour peu que nous prenions le temps de nous y installer, source de découvertes et de rencontres. Celles-ci ont déjà commencé à l'hotel avec des occidentaux et des indiens. Les uns fréquentent Puri depuis des années et les autres sont des natifs qui ouvrent les portes. Il convient de signaler que le Pink s'impose par la tranquillité et la nonchalance de ses occupants autant et voire plus par son personnel. Everything is possible there...



Finalement, l'Orissa s'avère une destination de choix pour celui qui souhaite s'écarter des sentiers battus. On se trouve dans l'un des Etats les plus pauvres de la fédération, encore très marqué par la tradition, a fortiori du fait de l'importance de son Temple. Avec les enfants, il restera compliqué de s'aventurer dans les territoires tribaux mais la tentation est grande. Cependant, la vieille ville autour du temple est le centre d'une activité débordante, où l'on ne se lassera pas d'errer. De plus nous goûtons nos déambulations dans le village des pécheurs, qui jouxte notre hôtel, pour trouver une vie très simple, des sourires et beaucoup de curiosité dans toutes ces petites ruelles où courent les caniveaux, les poules et tellement d'enfants.


Le contraste entre cette vie traditionnelle et le tourisme nous est apparu de façon criante hier, lorsque nous avons assisté à des sacrifices rituels sur la plage, lors du Pujah. Une fête très importante. Sur le chemin de la baignade, les enfants ont donc pu regarder le sacrifice de quelques poulets. Un petit temple dressé sur la plage, abrité d'une hutte de paille ; un autel marqué de quelques drapeaux à proximité où sont égorgés les animaux. Deux officiants principaux, dont une femme, qui accompagnent la cérémonie en parlant continuellement aux bêtes, pour, imagine-t-on, que le message passe bien. La représentation d'un bateau, l'eau de mer déversée sur les bêtes, alternativement avec de l'eau mélangée à ce qui semble être du curry. L'attente est longue pour les chèvres, comme si on attendait leur réponse. Elles ont droit à leur dernier repas ; et couic ! La carcasse est jetée à la mer pour tout ce qu'on peut en attendre : de bonnes pêches et pas d'accidents... Puis, vous vous retrouvez à devoir vous éloigner de votre zone de baignade, car les courants ramènent la carcasse « sacrée » vers vous. Je ne plaisante qu'à moitié.

Il m'aura fallu plus de dix jours pour retrouver l’envoûtement qui m'a étreint à chacun de mes séjours dans cette contrée. Aujourd'hui, c'est un pur bonheur de me retrouver dans la rue, au milieu de cette atmosphère bruyante, dans laquelle les sens peinent à trouver leurs repères. On voudrait enregistrer, distiller odeurs et parfums, cuisiner, photographier et raconter chaque instant tellement il recèle de richesses. Jusqu'à « l'Hurya », la langue régionale, dont les intonations graves et chantantes plaisent à l'oreille.
Cet après midi, je sais que nous n'en avons pas encore fini avec Puri. Deux jours, une semaine... rien ne presse







Le 17.
Sommes rentrés après 22h30, très affaiblie mais vaillante. J'ai quand même pu passé une fin de soirée sympa avec Jéjé, un frenchie qui doit passer les trois quarts de son temps in India, et Lalla, le propriétaire baba de l'hôtel. Lui qui connaît tous les membres du gouvernement local nous en apprend beaucoup, hélas pas le meilleur. Mais en confrontant notre situation, on se dit qu'ils sont un peu pareils partout. L'argent corrompt tout, y compris les votes...

Alimentation à suivre de près : veg only !!!
On repassera pour les fritures de rue ou autres omelettes pimentées dont nous raffolons. Après conseil au sommet ce matin au Honey Bee restaurant, afin de travailler quand même un peu sur notre planning, voilà ce qui en ressort : nous partons après demain soir en direction de Chennaï avec une étape ou deux avant d'atteindre Pondicherry, où nous passerons une semaine avant de nous envoler vers Colombo. L'objectif étant de revenir suffisamment tôt pour passer quelques jours à Varanasi avant le retour. En cours...