mardi 7 janvier 2014

Sur la route




Delhi – Dharmsala – 6/7 janvier





Pour notre dernier jour à Delhi, nous optons pour une excursion à Old Delhi. Nous devons franchir le pont qui enjambe la gare. Là, nous nous retrouvons dans Intra Muros. C'est le cœur historique de Delhi, que nous n'avons fait qu'effleurer à notre arrivée. Aujourd'hui, nous optons pour une orientation au juger vers la grande mosquée Jama Masjid. Nous nous perdons immédiatement dans Sita Ram Bazar, au fil des ruelles dont certaines ne dépassent pas un mètre de large. 
Là, aucun mendiant, si ce n'est un Sadhu en vadrouille ; 



là, une ambiance de village avec ses quartiers spécialisés, qui rappellent l'organisation des grands souks, les touristes en moins. De fait, nous n'en croisons aucun, et c'est à notre tour de devoir prendre la pose pour être pris en photo à chaque coin de rue. Les rencontres sont faciles et les échanges sans suspicion. Si nous nous arrêtons pour acheter un morceau de goyave, il se trouve forcément quelqu'un pour nous dire le prix que nous devons payer, au dam du vendeur ; le seul marchandage de la matinée. 

Après les fruits, nous demandons pourtant à une pause plus longue et à une nourriture plus roborative. 













Au détour d'une venelle, nous assistons à la cuisson des chapatis réalisés dans un four en terre, comme une grande jarre chauffée par l'extérieure. On est surpris par l'adhérence de la pâte défiant les lois de l'apesanteur. Séverine s'avance dans la cuisine (qui donne sur la rue) pour essayer de saisir le mouvement, et finalement, nous nous décidons pour cette cantine : au menu, le traditionnel dhal curry (lentilles baignant dans une sauce au curry) et un aloo ghobi (pommes de terre et choux fleurs épicés), que l'on mange avec des chapatis, le tout servi à volonté.

Les derniers kilomètres pour atteindre la mosquée sont éprouvants, en particulier sur Chawari Bazar Road, dont la perspective nous offre les grands minarets de Jama Masjid. La voie est encombrée de toutes sortes de véhicules, d'échoppes et d'étals, le tout parcourue par une foule qui s’entremêle à la circulation. Aussi, l'arrivée sur les grands escaliers qui montent vers l'entrée de l'édifice nous offre un répit que nous estimons bien mérité. D'ailleurs, à voir le nombre de personnes allongées sur les grandes marches rouges, ou les familles qui picorent après ou avant leurs visites, nous ne sommes pas les seuls à vivre cette incursion comme un vrai soulagement.

Comme il nous reste encore deux bonnes heures avant notre rendez-vous à l'hotel, nous décidons de faire un crochet par Connaught Place, le centre commerçant de la nouvelle Delhi, correspondant peu ou prou au quartier de l'Etoile à Paris. L'occasion de visiter quelques Emporiums, ces magasins d'Etat ou l'on trouve tout l'artisanat indien, réparti pour chaque Etat de la fédération.

Nous retrouvons finalement Pahar Gang, le quartier des routards. Nous sommes soulagés à l'idée de quitter cette capitale polluée pour aller à la rencontre d'une Inde moins submergée par le désir de modernité ; ou en tout cas, le subissant un peu moins. Et apparemment, là nous nous rendons, nous devrions trouver une vraie tranquillité, la fraîcheur du climat ayant éloigné la faune hippie-yoga vers les rivages de Goa pour un certain temps.
Cependant, il nous faut y arriver et le trajet promet déjà quelque fatigue. Déjà, je dois me mettre en colère pour que les agents en charge de collecter les passagers nous emmènent jusqu'à l'arrêt du bus. Entassés avec nos bagages dans deux rickshaws qui se perdent dans la circulation du soir, sans véritablement savoir où ils doivent se rendre, nous sommes déjà soulagés de nous retrouver sains et saufs. On nous avait promis un bus de touristes, nous sommes finalement les seuls « western people », signe des temps.




Passons sur les détails habituels de ce genre de voyage : les arrêts tout au long de la nuit, y compris bien entendu dans ces sortes de restaurants d'autoroutes fréquentés essentiellement par les cars, abritant sous des toits de taules ondulées, des dizaines de tables où l'on sert une nourriture douteuse. D'ailleurs, on évite, en attendant la fin. Passons sur les tronçons de route ressemblant plus à de la piste et, pour cette fois-ci, à une fin difficile sur l'ascension des contreforts montagneux. On passe sur les « vomiting bags » qui se remplissent. Et on passe, quoique difficilement, sur l'évidence des motivations qui vous poussent à prendre la route dans ces conditions.
Alors, on sait que l'arrivée sera périlleuse, ou qu'il vaut mieux s'y attendre pour s'éviter trop de déconvenues. Car une nouvelle nuit blanche, ou quasi, en quatre jours, ça vous pousse un organisme vers des formes de fatigues assez extrêmes. Ne parlons pas non plus de Marguerite, complètement déboussolée, de son sommeil, de son appétit et de tous ses repères habituels.
Le bus s'arrête à 5h ce matin dans une gare en béton. La sensation de froid est renforcée par notre état hallucinatoire. Je pensais monter au centre de MacLeod Gang à pieds, mais un regard sur la bande me fait comprendre qu'il vaut mieux payer recta le taxi qui se présente à un tarif prohibitif pour les deux km qui nous emmènent devant la guest house sur laquelle nous avons jeté notre dévolu. Évidemment elle est fermée.
Afin de nous réchauffer, nous épaulons nos sacs et effectuons quelques pas pour nous rapprocher de la place centrale, en quête d'un endroit ou nous pourrions nous poser. Il ne faut pas espérer grand chose avant 8h, soit plus de deux heures à attendre à moins de 5°c. Nous échouons dans le petit hall d'un hotel, à peu près chauffé. Peu après, nous partons avec Théodore pour repérer les lieux. Nous pénétrons dans des guest houses seulement éclairées de leurs veilleuses, soulevons le volet métallique d'un hotel à l'air abandonné... Le soleil se lève et avec lui, nous découvrons un relief découpé entouré de sommets enneigés. Nous y reviendrons.
De dépit, après avoir soulevé des matelas plus que suspects, et suivi des intermédiaires douteux, nous avons élu domicile dans une Guest gérée par les moines. Nous couchons les enfants, avec le sentiment d'avoir déjà fait une bonne journée : il n'est pas 10h ! Nous poursuivons notre quête de la chambre idéale à « 2 balles ». Nous sommes transis de froid.
Après réflexion, et 2 heures d'un sommeil réparateur, nous décidons de quitter nos chambres pour l'Hotel Shambala, très central avec vue sur la montagne, propre, pourvu d'une connexion wi-fi et d'un restaurant ou nous pourrons aussi commencer nos activités scolaires. Inutile de préciser que ici comme ailleurs, le chauffage est inexistant. Heureusement, nous avons l'eau chaude.

Les devoirs ont ainsi été fait à quatre sous la couette et nous sommes maintenant en doudounes, bonnets tibétains en train d'attendre nos plats chauds.

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