mercredi 29 janvier 2014

Toi là ! je t'aime



Puducherry, le 29

Je ne résiste pas à l'insertion de cette photo. Le grapheur est-il le même qui a inondé les murs de Saint Malo ? en tout cas, quel clin d'oeil...






De loin, et dans les grandes villes, on imagine autant que l'on perçoit une sorte de frénésie, accentuée par la foule. Au contraire, à Pondicherry, autant qu'à Pury d'ailleurs, on réalise combien le rythme est lent. En dehors des bus et de certaines voitures, tout le monde roule presqu'au pas; les rickshaws comme les motos ne dépassent que très rarement les 30 km/h. Le klaxonne est utilisé de façon systématique mais à bon escient, pour avertir. Le comportement de chacun concourt à préserver la fluidité du mouvement. Sur la route, dans les rues, dans une queue, chaque interstice est utilisé pour se glisser. Aller trop vite génère trop de risques. Mais il faut toujours être en mouvement et ne pas compter sur la prééminence théorique d'une place : il faut souvent s'imposer pour la garder sans que cela soit mal perçu. Au contraire.




En fin d'après-midi nous nous rendons sur le remblais, pratiquement fermé à la circulation. Là, des centaines de piétons prennent l'air parfumé aux embruns. Dans la ville, la touffeur est parfois oppressante, et je suis toujours surpris de la force du vent, établi dans une brise fraîche et humide, qui vient directement du nord est; comme si elle avait descendu le golfe du Bengale pour nous rafraîchir.





Progressivement, la maison se remplie de bibelots, de morceaux de tissus, achetés de façon compulsive au gré de nos promenades. Parfois, on sort avec un objectif et passé le premier coin de rue, happés par une parade qui passe par là, ou bien sidérés par un nouveau mendiant à l'allure extraordinaire, ou bien alléchés par une nouvelle vitrine, ou encore, et c'est le plus souvent, tentés par un tchaï ou un vada, nous nous arrêtons. Et les heures qui suivent s'enchaînent alors sur une série de trajectoires imprévues qui nous éloignent de notre objectif initial. Qui doit être remisé pour le lendemain...

Ce qui est sur, c'est que je dois impérativement passé au labo photo pour récupérer les visuels que nous devons distribuer demain matin. Encore une séance au marché, qui nous vaudra quelques beaux sourires













Ma main droite, bien que lavée, porte l'odeur des currys et pickles dont je me suis régalés ce midi. La plupart des restaurants servent un plat du jour, le meals. Servi sur une grande assiette en métal recouverte d'une feuille de bananier, vous avez devant vous 3 ou 4 petits ramequins remplis de sauce, dont l'inévitable Sambar, puis deux autre contenant les currys de légumes. Ils sont l'accompagnement principal du riz, et comme ce dernier, servis à volonté. un curd et un dessert généralement à base de yaourt sucré finissent le tout. C'est bon, en général, mais certains assortiments de légumes sont vraiment meilleurs que d'autres. 
Revenus à la maison pour une sieste bien méritée, nous nous empressons auparavant de prendre un jus de citron. Ils sont petits, pas très verts, mais très parfumés et délicieux avec une bonne rasade d'eau fraîche et un peu de cassonnade ou de sirop de canne. Définitivement notre boisson du moment.

Plaisir sans  cesse renouvelé que ces instants pendant lesquels on se sent faire corps avec le pays. 










Marguerite, très sollicitée, sait parfois se plier de bonne grâce à la gentillesse encombrante des mamas indiennes, qui n'en peuvent plus de la serrer dans leurs bras. Je suppose que pour elle, tout ça est un peu trop masala - comprenez pimenté - et qu'à l'évocation de la cuisine, un réflexe la pousse à venir se blottir dans nos jambes, plutôt que d'accepter les cadeaux et autres gestes d'affection. 





Dimanche, une bonne partie de l'après-midi a été consacrée à la visite du "Sunday Market". Un lieu de promenade très fréquenté. Gandhi Street se couvre d'étals en tous genres, allant même jusqu'au "second hand". Séverine, cédant à son goût pour fouiller les friperies et braderies, a pu donner sa pleine mesure en faisant quelques belles emplettes. A voir le volume pris par ces dernières, il devient urgent de se renseigner sur les possibilités d'envoi de colis. La poste indienne y pourvoira heureusement. 
Nous faisons la rencontre de femmes entièrement voilées. Si ce n'est pas la première fois, nous saisissons l'occasion d'un échange de photos pour faire prendre la pose à la famille avec Hortense. Nous sommes toujours saisis par la joie qui se dégage de ses échanges, de l’espièglerie de ces jeunes femmes, quand même on ne distingue que leurs yeux. Malgré moi, je ne peux m'empêcher d'apprécier ces instants à l'aune des préjugés que nous portons  spontanément sur les wahhabites. Sans doute n'en sont ils pas mais le fait de porter un voile intégrale nous renvoie à cette perception d'un sectarisme exclusif. Au moins, ces quelques instants passés à rire avec eux nous confortent dans l'idée que les préjugés sont les premiers obstacles à la rencontre de l'autre.






Mon copain "Prakash", vendeur de légumes, à la forte gouaille, heureux de vivre; au rire communicatif.