dimanche 26 janvier 2014

Puducherry, place au marché


Puducherry, le 26



"Allah Akbar..." L'invitation à la prière résonne de la mosquée qui se situe en face de la maison. Ce matin, nous avons suivi l'office à la cathédrale; en tamoul bien entendu. Les hommes d'un coté, les femmes de l'autre, vêtues de leurs plus beaux saris. Une féerie de couleurs chatoyantes, égayées encore par les tenues des petites filles. Une assemblée priante et recueillie, mais tranquille.
Nous coulons des jours paisibles à Puducherry, qui nous le rend bien. Tout y est : les rues paisibles du quartier français, où il fait bon flâner pour se reposer de la cohue des rues populeuses et commerçantes, les boutiques d'antiquités, de bijoux ou de tissus, la plage à 10 mn en sortant de la ville, les cantines de rue ou les bons restaurants.
Depuis Madras, nous mesurons l'écart de richesse et de développement avec l'Orissa. Ici, on croise des éboueurs à tout bout de champ; on s'étonne de la propreté (même si aux yeux de beaucoup, il faudrait relativiser); les services municipaux sont pourvus de camions pimpants servant au curetage des canalisations. Les rues étaient encombrées de vaches, certaines mourantes ou estropiées; les chiens errants innombrables; ici rien de tout cela, comme si un ordre établi régnait sur la cité.
Passés les premiers moments de défiance, pendant lesquels on se dit qu'on a atterrit dans une réserve à touristes, on réalise vite que leur présence est circonscrite et facilement évitable. 


 Du reste, c'est surtout le marché qui nous a conquis, loin justement des sentiers battus. Au croisement de Nérhu Street et de Gandhi Street, on se faufile entre deux échoppes pour entrer dans le marché aux poissons. On est saisi par le volume sonore des conversations, négociations et autres cris; par l'odeur bien sur; mais surtout par l'éclat de ses femmes trônant devant leurs étals, vidant les poissons et nettoyant les crevettes, montant les crabes en pyramide, paradant lorsque de grosses pièces (thons, requins, raies, daurades, ...) attirent le chaland. 


Comme nous sommes pourvus d'une petite cuisine, c'est l'occasion ou jamais de faire nos courses. D'abord des légumes, nous raffolons des concombres, des radis noirs et des oignons rouge, que nous complétons avec des tomates. Quelques citrons, du sel et une poudre masala (tonique) en constitue le meilleur des assaisonnements.
Au retour, nous prenons un kg de calamars et presqu'autant de crevettes. Yumi !
  



Nous attendions aussi le Sud pour les fleurs. Le marché en offre une belle vision. Il me plaît de m'arrêter devant les étals pour apprécier le travail de chacun de ses artisans commerçants, qui pour composer une couronne de fleurs, qui pour ranger les feuilles de bétels, et cela pour toute les spécialités. Le geste est poli par l'habitude, rendu beau par la simplicité qui en résulte, même, et surtout, si le doigté est souvent complexe et exige une adresse singulière. Ainsi, je contemple ces fleuristes et je suis pris à parti par deux d'entre eux, qui veulent que je les prenne en photo. Je ne suis pas peu fier du cadeau que l'un des deux me fait. 




Circuler dans le marché avec cette guirlande embaumant le jasmin peut paraître ridicule. Pourtant, tel n'était pas le but du cadeau, et je constate très vite que les commentaires sont enthousiastes : "you look souperr ! "  C'est traditionnellement une guirlande de mariage, et cela suscite beaucoup de rires. Ce qui est certain, et c'est justement la raison pour laquelle je me plie volontiers au jeu, c'est que lors de notre prochain passage, on se souviendra de nous. D'ailleurs, nous avons fait développer des photos pour effectuer une petite distribution. Le contact est facile, bon enfant, et nous sommes toujours fascinés par ces ambiances. C'est là que nous nous sentons le mieux. Ce n'est pas forcément le cas des enfants, qui trouvent cela un peu oppressant. Les allées sont étroites, les regards incessants; on doit faire attention où l'on met les pieds, avoir un oeil derrière soi pour ne pas gêner le passage des porteurs en tout genre, sans parler des chalands qui vont et viennent.


Une pause coconut est donc la bienvenue. Dans une allée plus tranquille, on prend le temps de s'asseoir et de se régaler d'une noix de coco, la saveur résidant presque plus dans la manière dont elle est ouverte, puis séparée pour en récupérer la pulpe. Le geste là encore est sur, délicat, accompli avec un outil contondant mais pas tranchant, qui semble façonné par les âges.




Une fois installé, il est un passage obligé : le Barber Shop, le Parlour, bref, le coiffeur. Un petit coup de frais n'était pas superflu. Nous sommes bien tombés. Je ressorts fringuant comme un jeune premier, sans épi et bien mis.





Trois semaines révolues. Pour enfin se sentir à sa place, en phase avec son environnement. C'eut pût être une autre ville, un autre lieu, un autre Etat. Mais Pondi est déjà devenu une étape phare. Où nous allons certainement nous poser. Personne ne pense à en repartir pour le moment.
Songer à la date, au temps qui s'est écoulé et à celui qui reste, produit un effet curieux; quasiment à l'opposé de la déconnexion induite par le mode de vie dans lequel nous nous sommes immergés depuis notre atterrissage... Comme si notre première quête consistait d'abord à s'extraire du temps réglé et découpé pour en découvrir un autre, doté d'une autre substance, d'une autre ponctuation. Un temps qui laisse place à la contemplation des petits riens qui saturent notre environnement au quotidien. Observer le comportement des chiens errants, la posture des uns et des autres, au marché, dans la rue, se laisser absorber par le flux multicolore des formes, couleurs, bruits qui comblent le regard et les sens; chaque instant est source de contentement.
Surtout, on sait pouvoir profiter des sourires qui nous sont adresses, et que l'on peut si facilement provoquer...
Alors, on souhaite que ce temps là ne finisse pas, où encore mieux, comme le réalisme sait rappeler la raison à l'ordre, que l'organisation de sa vie puisse provoquer la répétition de ces stances de temps là.
Etre sur la route...