jeudi 9 janvier 2014

Il faut trouver son chemin







On se fait trop souvent des idées préconçues. En arrivant à Dharmsala, j'imaginais une sorte de village organisé autour des temples bouddhistes animés par la communauté tibétaine. J'imaginais trouver une population résolument tournée vers la pratique bouddhiste, en particulier dans leur quotidien. Ce n'est pas le cas, je crois. Je rêvais d'une pause de quelques jours dans l'air pur de l’Himalaya, passant d'une visite au temple à une balade dans la montagne, avant de revenir nous goinfrer de momos.
Il m'aura fallu au moins deux jours pour revenir me convertir à la réalité.

Car cette réalité qui a certainement correspondu à mes fantasmes il y a quelques dizaines d'années n'est plus. Depuis, elle a été occulté par la vie politique et le combat mené par le Dalaï Lama et sa communauté en faveur de la reconnaissance d'un Tibet libre, ou à tout le moins, jouissant d'une autonomie au sein de la République Populaire de Chine. C'est d'ailleurs la voie officielle adoptée par le nouveau premier ministre (du gouvernement en exil, et siégeant ici). Mais Dharmsala, et plus particulièrement le quartier de Macleod Gang, surnommée little Lhassa, qui s'est construit autour de la résidence de "His Holiness", est devenu d'abord un lieu de villégiature de la communauté hyppie, et plus récemment, une destination en vogue pour le tourisme indien.

De sorte qu'après quelques jours, on distingue une forme de cloisonnement entre la vie du Temple d'un coté et de l'autre, la vie touristique avec ses colifichets, ses hotels en pagaille et autre cafés plus ou moins branchés à la mode indienne. Ce sont des lieux qui proposent toutes sortes de services dédiés : cours de yoga, médecine ayurvédique, théâtre politique, réparation de dreadlocks, organisation de treks et bien sur les cours de cuisine...
D'autres sont plus isolés, et exigent une marche dans la montagne. A voir la déco psychédélique / indhu / peace & love et le son électro qui sort des enceintes, on imagine aisément le type d'animation qui peut y prendre place. Comme des sortes de restaurants d'altitudes, avec la permissivité et l'éclectisme des travellers en plus. 

Bref, il a fallu en rabattre sur les ambitions initiales. Car quand on se rend au temple, le seul de la ville, on doit se délester de tous ses objets électroniques et inflammables, passer sous un portique et quasiment subir une fouille. Tout ça pour découvrir un lieu vide de vie, hormis un moine passant pour remplacer la paraffine dans les bougeoirs et ramasser les aumônes que nous laissons au pied de la grande statue de Bouddha. Et voilà. Nous n'y retournerons pas. Bon, il convient de signaler que le Dalaï Lama est parti dans le sud de l'Inde pour une prédication, et qu'à sa suite, une grande partie des moines l'ont accompagné. 





Ca, c'est le coucher de soleil que nous avons de la chambre de notre hotel. Et à ce moment là, la température commence à sérieusement chuter. On enfile à nouveau les beaux bonnets tibétains que nous connaissons tous, mais qui sont fabriqués sur place, ou au Tibet, si l'on croit les étiquettes.

Avec tout ça, je réalise combien le temps est nécessaire pour se défaire de l'obligation de résultats, incompatible avec le voyage. On s'embarque pour une destination, et il importe de savoir se laisser porter par les événements. C'est à cette condition, en particulier, que ce séjour devient plutôt sympa. On s'aperçoit que l'ambiance est très tranquille, les gens accueillant et paisibles. Des soucis gastriques nous obligent pourtant à adapter notre rythme et à revoir notre feuille de route. J'avais imaginé glisser vers Amritsar, capitale des Sikhs, et ville quasi frontalière du Pakistan. Cependant, force nous est de constater que nous ne sommes vraiment pas équipés pour ce climat et que nous devons prendre la route du sud; c'est à dire Bénarès - Varanasi pour le moment. Mais commence les problèmes de transport en Inde, liés essentiellement à leur durée. Faute d'avoir des places retenues dans un train qui aurait pu nous y mener quasi directement (en plus de 24h), il nous faut reprendre un bus pour gagner Delhi et espérer que le quota de sièges réservé aux étrangers et aux Indiens non résidents nous permettra de quitter la capitale dans la journée. Seulement, seuls quelques guichets en Inde ont accès à ces quotas, et aucun à proximité de Dharmsala. Au mieux nous mettrons 36 heures pour joindre Varanasi. Et la même problématique se pose pour notre prochaine étape, sachant que les trains ne circulent pas forcément tous les jours. Je passe les détails. Si nous décidons d'aller au Tamil Nadu pour trouver la chaleur, notre destination est donc Chennai / Madras. Trois trains par semaine de Varanasi et deux nuits à passer à bord...
Une telle perspective m'inquiète un peu mais nous n'avons pas trop le choix.

Affaire à suivre, avec un nouveau départ demain soir, en espérant que tout le monde sera rétabli.


Un marchand de pan, ces mélanges de feuilles, de tabac et d'épices dont les indiens raffolent dans les quartiers populaires.


La poste de Bhagsu, petit village que nous traversons pour aller vers une cascade de montagne. La soeur qui passe devant constitue l'élément incongru.