dimanche 15 janvier 2012

Jours paisibles à la Villa Manoly









Vientiane, dimanche 15 janvier.

Jour de repos. La ville est endormie lorsque j'entreprends une petite sortie, pas si matinale. Les étals sont rangés et la circulation inexistante. Nous avons essuyé une belle averse cette nuit, qui a nettoyé le ciel. Le soleil brille ce matin et la chaleur monte inexorablement. Un vent tiède adoucit l'atmosphère sèche et cristalline. Les chants d'oiseaux tropicaux et les cris d'enfants sont accompagnés d'un fonds sonore musical, qui hésite entre la pop laotienne et les chants traditionnels. De l'autre coté de la rue, la démolition de la toiture du temple se poursuit néanmoins; de loin en loin, on perçoit la chute des plaques de fibrociments qui seront remplacées par des tuiles.


 La guesthouse, autant que la ville, tiennent leurs promesses. Nous nous sentons comme en vacances, pour la première fois nous semble-t-il; ceci dit sans ironie. Le personnel de la maison est souriant et attentionné; nous apprécions les petits déjeuners servis sur place, qui nous permettent de démarrer plus tranquillement. Nous marchons maintenant jusqu'au déjeuner et en fin d'après midi. Nous flanons aux abords du Mékong, aménagés en une vaste promenade bétonnée : la Thaïlande étant juste en face, il s'agit aussi d'apparences. Un grand palace a été construit sur les berges, où nous ne distinguons que quelques chambres allumées ; nous profitons des engins de fitness installés dans une sorte de parc en deça du remblais, avant de pénétrer un night market fréquenté essentiellement par des locaux, au regard de nos expériences passées en Thaïlande et à Luang Prabang. Passé le grand boulevard qui longe cet espace, nous nous retrouvons dans le cœur de la ville. On y trouve une multitude de guesthouses, de restaurants et d'échoppes en tout genre. Certains magasins et d'autres restaurants sont pourtant résolument tournés vers les expatriés, dont on sent plus la présence que celle des touristes.






Quoi qu'il en soit, nous faisons notre bonhomme de chemin et expérimentons différents mets, qui nous changent de notre habitudes du nord. Les bouchés au porc et à l'oeuf font l'unanimité, comme les parathas à la banane, préparées comme des pancakes, mais façon indienne. On s'extasie sur la fondue chinoise, où l'on étale un oeuf sur des lamelles de boeuf, qui seront saisies dans un bouillon, avant de boire ce dernier. On s'amuse à préparer soi-même ses rouleaux de printemps, à base de patés impériaux, que l'on enroule de feuilles de salade, d'une variété assez impressionnante d'herbes aromatiques dont les plus communes, pour nous, sont la coriandre et la menthe; on y ajoute, éventuellement, du gingembre rapé, de la citronnelle ou de l'ail, pour faire bonne mesure.

Samedi, nous avons aussi exploré notre premier marché, le Talat Kua Din. Une déambulation expresse pour retrouver les étals alimentaires, avant de s'apercevoir que l'heure du déjeuner de Marguerite approchait, et qu'il nous fallait hâter le pas vers la maison, où Edgar finissait une épreuve de brevet blanc de Mathématique. Malgré cette précipitation, nous avons le temps d'apprécier l'accueil des marchandes, qui ont l'oeil pétillant, une gouaille facile, et la délicatesse d'apprécier de se faire prendre en photos. A voir. Il me faudra plusieurs heures avant d'en faire véritablement le tour.
Alors même que nous devons visiter le Talat Sao, un autre marché, plus spécialisé dans l'artisanat, demain matin, et qui jouit d'une excellente réputation. Mais on y verra sans doute aussi plus de touristes qu'au Kua Din, où nous ne croisâmes qu'un couple !






Nos deux dernières journées ont été aussi marquées par une décision importante : afin de rejoindre l'ile de Koh Chang, notre destination finale avant le retour à Saint Malo, nous allons traverser le Cambodge. C'est une discussion avec un couple suisse qui en a décidé. Depuis quelques temps déjà, je m'interrogeais sur les moyens de transports à notre disposition pour quitter le Laos et retrouver Koh Chang, qui se trouve quasiment à la frontière cambodgienne. Vu le relief, il fallait se rendre à l'évidence, bien que n'ayant plus de guide, la seule solution imposait un passage par Bangkok. Hors, le Cambodge offre de multiples attraits, dont le site d'Angkor. On voulut bien nous prêter un vieux guide du routard de la région, qui nous permit de suite de visualiser un itinéraire, qui agit comme un philtre sur de vieux rêves enfouis. Nous quitterons le Laos par le seul poste frontière tout au Sud, descendrons à nouveau un tronçon du Mékong en bateau, normalement,avant de rejoindre le centre du Cambodge ou carrément Phnom Penh, ce qui nous permettrait de visiter le camp d'extermination. Les digressions sur l'histoire plus ou moins récente de la péninsule indochinoise sont fréquentes, les traces et témoignages des conflits qui ont incendiés cette région si belle m'en donnent souvent l'occasion. Après la guerre d'indochine et celle du Vietnam, l'occasion est trop belle de revenir sur l'histoire du Cambodge, du lustre de la période Khmer ou Angkor comptait un million d'habitant et 40 000 éléphants sur plus de 400 km², quand Londres n'en était qu'à 50 000 habitants.
Ce sera court, bien sur; trop court évidemment. 
Mais c'est le charme de l'improvisation que de pouvoir se permettre un tel détour, qui finit par s'imposer en donnant de la cohérence et une densité supplémentaire à ce voyage. Sans doute faudra-t-il s’accommoder d'une fatigue supplémentaire, compte tenu des étapes nouvelles que nous allons nous infliger; nous envisageons d'ailleurs d'aller dès demain nous renseigner pour procéder à un l'envoi d'un colis qui nous permettrait de nous alléger. Si c'est possible et pas trop onéreux, nous essaierons d'en profiter pour acheter quelques ustensiles de cuisine qui sont finalement les seuls objets qui nous tentent pour le moment.




Première cabine téléphonique publique vue au Laos





















La mère Poulard fouette ses oeufs d'une main  énergique





Le Comte de Monte Cristo coupé en deux

La musique s'est enfin arrêtée. A 23h, Vientiane termine son repos hebdomadaire avant de reprendre son rythme de travail. Quant à moi, je contemple les bouts de tissus qu'un moine à noués autour de mon poignet. Jusqu'à présent, les visites de temples avaient un goût curieux, sans doute lié au caractère touristique justement qu'elles revêtaient, du fait de la présence de trop nombreux visiteurs. Ce sentiment s'était encore un peu plus intensifié au Laos, car là où nous avons résidé, l'entrée des temples étaient pour la plupart payantes, pour les touristes.
Je restai sur ma faim.
Dans le quartier que nous habitons ces jours-ci, nous avons un petit temple à proximité, où nous nous sommes rendus samedi. A proximité de chaque entrée de l'enceinte de ce dernier se trouvent des échoppes dédiées à la vente des offrandes et autres dévotions qui servent aux visites pieuses . Nous rentrons et trouvons un lieu très simple, accueillant. Un moine est assis qui accueille les offrandes et donne sa bénédiction en retour. Nous nous inclinons les mains jointes, tachant de ne pas commettre de maladresses. Nous tendons ensuite notre main, paume tournée vers le haut, buste incliné. Le moine énonce alors une prière alors qu'il noue ce lacet en tournant l'extrémité du noeud avec deux doigts, signe de son intercession et du lien qui le relie à nous. Derrière, j'entends le cliquètement des brins que l'on remue dans un gobelet afin d'en faire sortir le numéro de son destin. Plus loin vers la porte d'entrée, un gong résonne en permanence, au rythme des offrandes que l'on glisse dans une urne, ce qui donne la possibilité à chacun de faire sonner l'instrument. Curiosité, une seconde pièce s'ouvre par une travée latérale : là, on se perd dans une prière plus silencieuse.
Je ressorts heureux de ce contact, décidé à renouveler cette expérience. Nous y retournons cet après-midi, à peine sortis de la maison. Nous devons patienter, car le moine officiant procède à la bénédiction d'un camion. Le lacet est relié par la fenêtre aux rétroviseurs, et à deux couples, probablement les heureux propriétaires du véhicule. Une fois cela terminé, je m'avance à genoux, et je demande d'un geste la bénédiction de la famille. Nous sommes tous les six inclinés et nous recevons des gouttes d'eau lancées par une sorte de fouet en bambou. Le moine à compris immédiatement ce que je voulais. Avec Séverine, nous imaginons que cela nous servira pour la suite du voyage, que ces lacets vont nous accompagner désormais pour la partie la plus itinérante de notre séjour, qu'avec eux, nous sommes rentrés un peu plus au contact de cette culture ou le sentiment religieux n'est pas celui d'une transcendance, mais  beaucoup plus d'une immanence dans le quotidien... qui nous correspond bien.






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