dimanche 8 janvier 2012

Quand on perd la notion du temps

Rimwang Guest house, 22h30

Nous venons de trier les photos de ces deux derniers jours. C'est long. Cependant, nous y prenons plus de plaisir qu'en Thaïlande; et c'est normal. En arrivant à Luang Prabang, nous avons terminé notre période probatoire. Nous aurons eu besoin d'une bonne dizaine de jours pour trouver notre rythme, pour fluidifier les  rouages de notre mécanique collective, pour, ainsi que le disait Kim : "keep on going and let it loose"... Ainsi, aucun de nous ne peut s'avancer à se prononcer sur la date, ni même sur le jour lui-même. Ce qui nous absorbe, c'est la respiration de chacun, la manière dont il bouge, les humeurs qu'il faut partager pour qu'à chaque instant, on se sente bien. Ce partage, cette promiscuité, pour reprendre l'un des thèmes évoqués par Séverine, nous amène à nous respirer les uns les autres, d'une manière quasi animale : cela se passe souvent de mots mais la sensation et les émotions sont bien présentes à chacun.

Nous nous plaisons dans cette ville qui respire un air provincial, quelque peu endormi. La vie y est bercée, pendant la saison, par le va et vient des touristes. La plupart sont des "backpackers", des routards, mais tous possèdent des cartes de crédit, si l'on en juge par les prix pratiqués; toutes choses égales par ailleurs, bien entendu. Après quatre jours de présence, il ne doit pas rester beaucoup de nos compagnons de voyage de la descente du Mékong. Quant à nous, nous restons là. La chambre des enfants nous offre une belle vue sur les jardins de l'ancien palais royal, reconverti en Musée depuis la chute du roi, en 1975. A main droite, la rue descend vers le fleuve, que surplombent de nombreuses terrasses de restaurants, dont le Big Tree Cafe, qui constitue notre plus délicate expérience gustative. Mention spéciale pour le Chicken Orlam !  A main gauche, nous regardons le mont Phousi; une belle colline plantée au milieu de la vieille cité, derrière laquelle on retrouve la rivière Nam Kham. Au pied du Phousi, nous croisons la grande rue qui traverse le quartier de part en part, jusqu'à l'embouchure de la Nam Kham. 

Tous les jours, en fin d'après midi, alors que nous terminons la classe, notre rue ainsi que le boulevard sont fermés à la circulation pour laisser la place aux étals des marchands de souvenirs. Ces femmes arrivent, qui avec une charrette derrière leur petite moto, qui avec leur mari, ce dernier s'empressant de repartir bien vite, une fois les colis débarqués; ou simplement avec leur gros sac en arrivant dont ne sait où. Aucun lampadaire n'éclaire cette scène qui s'arrête immanquablement à 21h30. C'est l'un des charmes de ce théâtre nocturne : il est éclairé par une multitudes de lampions et de lampes qui sont accrochés au dessus de chaque stand. Nous commençons à nous reconnaître avec certaines de ses vendeuses. Il faut dire que nous parcourons presque tous les soirs ce vaste marché, puisque nous allons dîner dans une ruelle, qui se trouve à l'opposé du palais.  Sur une bonne centaine de mètres s'alignent des gargottes, qui proposent tout un assortiment de plats laotiens. On s'y régale facilement en côtoyant d'autres travellers sur de grandes tables alignées le long des murs. Et ce n'est pas un mince plaisir que de réaliser qu'au bout de quatre jours seulement, notre présence est déjà remarquée par certains, Marguerite étant un marqueur précieux, qui nous permet d'être encore mieux identifiés.

Le marché du matin est aussi devenu une destination obligée où nous trouvons les légumes pour les repas de mademoiselle, des gauffres comme premier encas, et notre première soupe aux nouilles. 

Cette atmosphère combinée avec son architecture coloniale bien conservée, qui contraste avec les dégâts que nous avions eu l'habitude de constater en Inde, font effectivement de Luang Prabang un lieu de prédilection pour notre petite meute. Le climat y est en outre tempéré et salubre. Le matin est nimbé d'une brume qui ne s'éclaircit qu'en milieu de journée, pour laisser place à des après-midis chaude et ensoleillées. C'est le moment parfait pour se retrouver auprès d'une des cascades qu'on trouve à proximité : poussés par les garçons d'abord, nous avons donc expérimenté les chutes de Tat Sae. C'est vraiment mieux que sur la photo. Aucune infrastructure d'accueil, et vous vous retrouvez devant des bassins plus ou moins profonds étalés sur plusieurs niveaux, recevant une cascade principale haute de plus de 30 mètres. On pense immédiatement aux publicités de shampoings, en mieux ! Une sorte de jardin d'Eden en pleine jungle, fréquenté par quelques routards, trop heureux de tomber le short pour s'élancer d'une liane dans les remous vivifiant d'une eau claire, couleur d'émeraude blanchie par la pierre calcaire sur laquelle elle s'écoule. Cependant, nous devions aussi contenter Hortense, qui rêvait de monter sur un éléphant, activité que nous avions repoussée à Chiang Maï. Nous nous y sommes rendus aujourd'hui, auprès des chutes de Tat Kuang Si. Celles-là sont moins sauvages, quoique...

Nous touchons donc au but. Et nous risquons certainement de prolonger notre séjour ici, pour profiter de la nonchalante tranquillité qui nous submerge. Nous faisons de belles rencontres, fugaces, avec, souvent, un petit mot qu'il faudrait retenir, comme celui de Timothy M. Leonard, qui incite les enfants à regarder "out of the box" et leur prononce un  "follow your dreams, man !"...








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