mercredi 11 janvier 2012

Sabaïdee ! (bonjour)



Luang Prabang – 10 janvier

Les journées sont bien remplies et fatiguantes. Nous sortons relativement tôt, vers 8h, mais nous n'avons toujours pas assisté à la procession des moines. Notre mise en route est encore un peu lente. Nous effectuons ensuite notre tour du marché pour acheter fruits et légumes de la journée et absorber notre soupe. Séverine continue de préparer de délicieuses purées, mais Marguerite préfère de loin se réserver pour picorer dans nos bols. Son alimentation est devenue assez irrégulière de ce fait, et elle prend l'habitude de se nourrir de n'importe quoi, n'importe quand.

Le point d'orgue de ces dernières journées a été atteint lors d'une marche dans les faubourgs de la ville, à la recherche d'un hameau rassemblant plusieurs tisserands. Sur ces chemins de terre, nous avons pu cotoyer des populations beaucoup moins favorisées que les habitants du centre. Les métiers à tisser ne nous ont pas passionné ; sans doute l'habitude ! La poussette a rendu l'ame et nous allons devoir improviser une réparation si nous voulons continuer à l'utiliser. En revanche, nous avons enfin jouer nos premières parties de pétanques avec des locaux. Après la période coloniale, c'est resté un sport très pratiqué. On voit régulièrement des sortes de cafés restaurants avec un terrain jouxtant la case. Pour nous, ça a été évidemment mémorable. Après une matinée de marche, nous nous aprêtons à rentrer pour déjeuner au Dyen Sabai, un restaurant très accueillant du fait de sa cuisine, mais surtout par ses tables basses entourées de matelas, au milieu d'une forêt de bambous, surplombant la rivière Nam Kham. Arrivés à un croisement, j'aperçois un homme qui ratisse consciencieusement son terrain de pétanque, je l'interpelle pour prendre une photo. Le tableau me plaît, avec le brasero sur lequel finit de cuire le riz gluant et ses petits tabourets.
 Nous rentrons. L'homme est réservé, contrairement à sa femme et sa fille, qui amènent vers Marguerite un petit garçon. Finalement, je propose une partie avec le jeune homme, qui doit être le gendre du mâtre des lieux. On eut aimer acheter quelque chose à partager, mais ils n'ont preque rien, et surtout ne parlent pas un traître mot d'anglais. Nous allons passer deux heures à goûter cette hospilatité sincère et joyeuse. Nous jouons avec eux, et avec des enfants, qui se sont rapidement attroupés au bord du terrain.


Bientôt les filles ont faim, et ils partagent avec elle le riz gluant, « sticky rice », qui constitue la base alimentaire des laotiens. La préparation est relativement simple, ont met le riz dans des panniers coniques, tressés en feuilles de bambou, qui sont posés sur des marmites au dessus d'un brasero en terre, éventuellement consolidé par une armature métallique. Il se mange évidemment avec les doigts, la matière étant congruante.
Mais il est bientôt temps de reprendre la route, et nous nous promettons de chercher des boules de pétanque, qui constitueraient sans doute un précieux présent pour cette famille, visiblement très pauvre. Mais généreuse.




Auparavant dans la matinée, nous avions sacrifié à l'un des rituels touristiques de la ville : la visite de l'ancien palais royal. La superficie de l'ensemble est restreinte, à l'image de la la ville, n'excédant pas quatre hectares, dépendances comprises. Trois édifices composent l'essentiel : le théâtre, la grande salle du trone, qui ressemble à un Vat – un temple – et que nous apercevons de notre chambre, pour finir par l'habitation. L'ameublement et la décoration oscillent entre la couleur locale, très chatoyante avec une prédominance de feuille d'or et de scènes sculptées, et un ensemble art déco, voire très 50's, datant du dernier roi. Une grande maison, avec de vastes pièces certes, mais loin de nos palais royaux à la française. De fait, le Laos est un petit royaume sans richesse. On le mesure aussi à la collection des cadeaux reçus par le roi, très simples. On s'étonne de l'interdiction de photographie d'une « collection de voitures », en fait trois Lincoln, une DS (signe du passage d'une vassalité à une autre) et un vieux Toyota BJ, devant lequel trone un hors bord, hors d'age, offert par le Canada. Incongruité d'un régime fermé qui rechigne à ce que les anciens signes royaux soient rendus visibles. Heureusement, les talibans n'étaient pas encore là, et toute la richesse architecturale a pu être préservée au lieu d'être détruite purement et simplement.
Cette visite provoque une sorte de nostalgie pour une époque désormais révolue. Même si, ici, la guerre a laissé des traces durables, la culture et une certaine simplicité, voire une proximité laissaient un goût d'aventure et de rêves.

Désormais, ils ne concernent plus que le business, ou peu s'en faut...








Il ne faut pas oublier la classe. Le rythme est à peu près fixé à deux trois heures par jour, matin ou après midi, en fonction de l'emploi du temps et tous les jours. Nous sommes attablés sous la véranda, qui donne sur le trottoir. Dans cette atmosphère singulière, nous enfilons les chapitres de mathématique, de physique, d'anglais, de français ou d'histoire. Il nous a fallu un bon paquet d'exercices pour assimiler le fonctionnement des racines carrées ou la distinction des propositions en français. Les fractions et les tables de multiplication sont passées plus facilement. Quoiqu'il en soit, si nous maintenons ce rythme, nous ne devrions pas accuser trop de retards en rentrant.



En franchissant la frontière nous sommes revenus à un pays ou l'automobile est encore rare. On y cotoie plus de minibus et surtout de Honda cube, ces motocyclettes qui ont régné en Asie du sud est pendant des décennies. Aux heures de pointe, sur les routes ou à la sortie des écoles, c'est encore sur ces engins que tout le monde se rend au travail, à l'école, à trois ou quatre... L'allure est très modérée, comme si rien ne pressait.




 En milieu de soirée, devant moi, alors que je tape sur mon clavier, j'entends surtout le bruit des insectes dans le parc du palais, de l'autre coté de la route. Les femmes se renvoient les commérages, de loin en loin. Les moteurs quatre temps des hondas ou des tük tük qui pasent au ralenti viennent rythmer la soirée qui s'écoule lentement, alors que les touristes, anglos saxons pour la plupart vont et viennent. Le calme règne. Ici, point de bars avec des sonos hurlantes et des vamps qui vous accrochent, ni de frénésie d'achat. Les stands sont là ou pas d'ailleurs. La description ne serait pas complète si je ne mentionnais pas le bruit des claquettes.
Il faudrait aussi faire allusion aux vélos, qui ont refait leur apparition. Ils sont neufs, de fabrication chinoise ou de marque américaine – mais fabriqués pas si loin. Ils sont aussi à propulsion électrique. Et ils sont plébiscités par les touristes, qui au moins dans les pays occidentaux, ont adopté ce moyen de locomotion de façon courante, à ce qu'il semble.

Nous avons décidé de lever le camp après demain. Nous devons encore choisir entre l'option bus de nuit ou de jour, pour une bonne journée de trajet. Direction Vientiane, en laissant de coté Vang Vien, décidemment trop pollué par les hordes de jeunes australiens et autres, venus là pour les « full moon parties ». Même si le programme sportif est alléchant, il ne conviendra pas à toute la meute.
Demain, on fait nos adieux...









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