vendredi 13 janvier 2012

Good morning Vientiane !


Villa Manoly, Vendredi 13 - 14h



 Poussière, poussière... Encore un voyage éprouvant. Près de 12 heures pour 350 km. Environ la moitié sur des lacets qui serpentent autour des montagnes calcaires au delà de Luang Prabang, et une autre moitié de route ou les portions asphaltées dépassent rarement 500 m. Nous sommes restés un long moment dans les nuages, les enfants s'apercevant progressivement qu'il valait mieux garder son calme afin de ne pas tomber malade, comme Marguerite. Elle finira la première partie de son voyage avec un doudou malodorant, mais que nous ne pourrons pas lui refuser, afin de faire taire la crise de larmes, qui risquait de gêner les passagers tolérants qui nous entouraient.
Poussière, poussière... quand le bitume s'efface, la route devient une piste caillouteuse et poussiéreuse. Les bas cotés deviennent uniformément rouges et nous nous demandons pourquoi et surtout comment, les gens peuvent rester vivre en mangeant cette poussière, levée par tous les camions, autobus et 4x4 qui font le trafic entre le nord et le sud du Laos. 

Nous arrivons dans l'une des grandes gares autoroutières de Vientiane. Il fait nuit et les tûk tûk se proposent de nous escroquer avec le sourire : facile, vu l'état des passagers à la descente du bus VIP. Malgré l'impératif de temps qui nous presse, nous refusons. Les garçons s'extasient devant une Lamborghini; décalage hallucinant avec les conditions routières que nous avons traversé dans la journée, et nous finissons par nous entasser dans un tük tük moins gourmand. J'ai dans mon carnet quelques adresses de guest houses qui ne m'ont pas encore répondu par la négative. Dans le centre de la ville, me dis-je, nous finirons toujours par trouver quelque chose. La première adresse, sur laquelle j'avais fondé quelques espoirs, s'avère être un terrain vague promis à un bel avenir. Mais ce n'est pas le notre. Après deux autres échecs, nous laissons repartir le taxi, pour continuer à pied. La poussette est inutilisable, tant que nous n'avons pas rétabli ses réparations, impossibles dans l'immédiat. Il nous manque le scotch et un morceau de bois taillé spécialement, oublié dans le bus avec nos plus beaux souvenirs de Luang Prabang... Un homme nous interpelle gentiment en français et nous propose une adresse. EN discutant, nous apprenons qu'il est originaire de Saint Brieuc, et gérant de bar, rue Saint Michel à Rennes. Sympa ! Notre convoi débouche au Dragon Lodge, l'un des nombreux établissements dédiés aux backpackers. Les chambres sont relativement spacieuses, pourvues de salles d'eau (avec de l'eau chaude), et bon marché. A presque 21h, nous acceptons de suite. L'occasion de poser les sacs et de partir une quête d'un premier diner dans la ville. Petite errance avec les trois grands dans le coeur de Vientiane, qui s'avère beaucoup plus animé que Luang Prabang. C'est sur, nous avons quitté la province pour la capitale !

Je ne me couche pas sans avoir établi un ordre de marche pour quadriller les abords du centre ville afin de trouver une maison qui pourrait nous accueillir pour la semaine à venir. Mes craintes sont néanmoins réelles de devoir faire des compromis.
Afin de prendre des forces, nous commençons néanmoins par un bon Phô, la soupe de nouilles quotidienne. C'est bien, mais le goût un peu trop aseptisé; je ne pense pas qu'on y revienne.


Nous longeons Th Samsénéthai, l'une des grandes artères parallèles au Mékong, sur laquelle donnait notre hotel. Nous avons pu nous rendre compte que la circulation y était assez intense, y compris la nuit... Nous prenons les perpendiculaires à cette avenue, en essayant de trouver les ruelles dans lesquelles pourraient se nicher des guesthouses, "à l'allure de pensions de famille dans une vieille maison coloniale avec un grand  jardin tropical ornée d'une belle piscine pour un prix très doux". Nous retenons une première maison, effectivement très calme, à coté d'une école maternelle. Pas de wi-fi ici, mais aucun mot en anglais ni en français, à croire que le lieu n'est fréquenté que par des laotiens. Plus loin, les garçons sont séduits par l'Asian Pavillon Hotel, un lieu rendu mythique par John le Carré, dans l'un de ses romans. Dans les années 60 et 70, s'y croisaient des individus louches et autres agents secrets, ce qui en faisait d'un des hauts lieux de Vientiane. Il est resté dans son jus, et à voir le nombre de clés sur le panneau, on ne devrait pas avoir trop de mal à négocier; mais ici, pas d'extérieur, si ce n'est directement sur le boulevard. Le hall est vaste, mais c'est un hall d'hôtel... On laisse tomber.




En poursuivant notre route, nous croisons quelques maisons qui auraient pu devenir des maisons parfaites, mais qui sont passablement défraîchies, avant d'être rasées ou rachetées par des entrepreneurs qui leur redonneront le lustre qu'elles devraient avoir.
Je rêve un peu...






Pendant ce temps, le soleil commence à chauffer l'asphalte, les gaz d'échappement sont plus difficiles à supporter, et le temps limite pour le check-out de notre chambre bientôt à son terme. Il faut nous décider. Je veux pourtant finir mon plan de route, et suivre mon instinct. J'aurais trop mal au coeur à me dire que nous nous sommes résolus à un compromis alors que non loin de là, la maison de nos "rêves" nous attendait. Je finis donc seul dans cette petite ruelle, longeant le Vat Si Muang (la proximité d'un temple faisait aussi partie de mes critères) et me dirigeant vers les berges aménagées du Mékong. Là, je découvre l'horizon de mes pensées, qui me rappelle à Saint Malo : la villa Manoly. Un vaste jardin, une vieille maison, une petite piscine, une grande chambre familiale disponible, un prix sympa incluant le petit déjeuner. Une déco surrannée de meubles provenant tout droit des années 50 et 60; des objets qui traînent ça et là, des planchers en bois rouge, une belle salle commune aussi agréable pour travailler que le salon de jardin... Je suis aux anges lorsque j'interpelle Séverine et les enfants pour leur faire découvrir ce qui ne manquera pas, je le sais, de les ravir.

Nous voilà poser pour au moins une semaine, dans notre petit paradis.

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